Hermite (Arcane 9) ÉCOLE DE VOYANCE PIERRE HORN COURS DE TAROT SUITE

Le grimoire des sortilège et rituel initiation magie wicca

OPTIQUE « INITIATIQUE »

Hermite

Que fait l’Hermite avec cette lanterne qu’il tend devant lui ? Se sert-il de la lueur de la lanterne pour voir quelque chose ? Se sert-il de la lanterne pour se diriger dans une possible obscurité ?

C’est avec sa raison que l’Hermite dirige sa lumière et avec son intuition qu’il s’oriente (le bâton).

 

Cet arcane désigne et nous montre un personnage réceptif, à l’écoute, patient et méditatif. Cet individu reste réservé, silencieux et humble. Il est intelligent et modeste (il a peu de bien matériels et il est vêtu simplement). Le fait qu’il brandisse une lanterne peut signifier qu’il est capable de procurer de la lumière à autrui. Chacun connaît l’expression avoir une lumière ou un soleil intérieur. Sur cet arcane, cette lumière intérieure pourrait bien être figurée par la lanterne. Les ermites choisissent délibérément de s’isoler car ils sont le plus souvent déçus et désillusionnés par les affaires et actions humaines. L’Hermite ne se fie plus aux coutumes et dires des humains, il se fie et s’oriente à sa propre lumière pour avancer, pour poursuivre son existence.

L’Hermite est en mouvement, il chemine vers un lieu… Il semble savoir où il va, et il a décidé de s’y rendre de nuit…

Tous ces détails sont importants. Déjà le fait qu’il est en mouvement… Qu’il marche… Après le Mat, il est la première des personnalités à se déplacer… Et curieusement, il semble y avoir des détails qui apparentent le MAT à L’HERMITE…

Cela, dit après la lame du MAT, L’HERMITE est le premier personnage qui marche, et qui semble en mouvement… (LE BATELEUR est arrêté pour faire son spectacle, LA PAPESSE et L’IMPÉRATRICE sont assises, L’EMPEREUR repose sur son trône, LA PAPE est assis ou debout pour enseigner, et L’AMOUREUX tangue d’un pied à l’autre, le personnage du CHARIOT se tiens debout confiné à son char, la JUSTICE est assise sur son trône).

L’HERMITE est donc en déplacement, contrairement aux autres personnalités… Il est orienté vers la gauche, c’est-à-dire qu’il se dirige vers la source de toute chose soit, il est en quête de Vérité.

 

Le fait qu’il s’isole ainsi que son nombre 9 confirment qu’il est dans une période de recherche et de méditation. D’une manière, il faut entendre qu’il traverse une période de remise en question, d’introspection, afin d’amorcer un changement. Tout changement est précédé d’une période de réflexion mais aussi d’approfondissement et de recherche sur de nouveaux plans. L’Hermite sonde la nuit de sa lampe… Il éclaire une zone, une partie du mystère est révélé… L’Hermite est celui qui est en train de percer les secrets de la nature, de la nuit et le secret des arcanes… Il est celui qui indique la taromancie…

HermiteLes découvertes que fait Hermite sur son chemin l’amène à modifier son comportement ou son action ou la configuration d’une situation. L’Hermite fait des découvertes qui renforcent sa foi et sa détermination. Il avance dans le noir, avec cette lampe, et refuse de marcher vers la roue de fortune… Le « 9 » qui ressemble à un mouvement de spirale, replié sur lui-même, évite de se rendre vers la roue de fortune, et rebrousse chemin, vers LA JUSTICE…

De part son nombre, l’arcane de HERMITE se situe après l’arcane la Justice, comme s’il en était le garant, le gardien ou la personnification. Il éclaire la voie qui mène à elle!

Il ne continu pas sa route vers LA ROUE-DE-FORTUNE… Car HERMITE, est déjà d’un âge avancé, et sa destinée est déjà déterminée… Il ne cherche plus à changer son destin, mais il est en pleine quête mystique. Il ne s’intéresse plus de savoir son futur… Il tourne dos à LA ROUE-DE-FORTUNE soit, symboliquement, car L’HERMITE est déjà un allié de « la Providence »…

Sur le plan ésotérique, cet individu se détache et s’éloigne du monde des apparences pour se diriger vers l’essentiel à la lueur de sa propre lumière. 

L’ERMITE signifie CONNAISSANCE + PRUDENCE.

Sur le plan spirituel, HERMITE est un arcane clé, important, incontournable. Toute élévation, toute transformation, tout changement passe par cet arcane. Hermite détient la Connaissance (la lanterne et les couleurs de son vêtement, etc.). Peut-être qu’il cherche où et avec qui il pourrait la partager. Peut-être qu’il cherche un élève à initier. Ou alors, il se peut qu’il cherche comment en faire le meilleur usage (à voir la couleur de ses cheveux, barbe et moustache, il est encore en apprentissage).

La Connaissance est un lourd fardeau (épaules épaisses).

La Connaissance n’est pas intellectuelle, mentale (sa capuche est rabattue sur ses épaules).

La Connaissance nous rattache à la terre, à la nature et donc, à la matière (le bâton dirigé vers le sol).

La Connaissance et la sagesse ne sont pas qu’une affaire de l’esprit.

Hermite est le sage de la famille des personnalités. Sous son apparence extérieure austère et passive se dissimule un être extraordinaire, au sens propre et figuré du terme. L’HERMITE est une des 4 Vertus Cardinales… Hermite est la représentation de la CONNAISSANCE. Mais en vérité son visage n’est que le masque de la prudence.

Prenons donc le temps et osons aborder l’Hermite, car il détient la réelle possibilité d’apporter plus de lumière dans notre vie. Il sait comment transformer notre existence pour la faire passer de l’enfer au paradis. Pour le dire autrement, acceptons et sachons tirer parti de ses bons conseils…

Ses conseils sont CONNAISSANCE + PRUDENCE 

Prendre son temps, être minutieux, sage, réfléchit, avenant, méticuleux…

LE MYSTICISME

 
Hermite

Ensemble des doctrines et des situations, des expériences et des faits par lesquels l’âme humaine accède à la rencontre immédiate de Dieu ou du monde divin.

L’expérience mystique

L’expérience mystique est un des aspects spirituels fondamentaux dans la plupart des religions. Elle suppose une connaissance directe du divin ou de la divinité, sans la médiation de la démarche discursive, volontiers rationnelle, ni, ce qui est moins évident, des symboles sensibles. L’intuition y est reine. Néanmoins, dans les systèmes religieux fondés sur un corps de doctrines, elle se manifeste obligatoirement dans le cadre de celles-ci (formellement, celui de la Trinité dans le christianisme). Si, parfois, sa trop grande indépendance vis-à-vis de la pensée abstraite et son ésotérisme au moins apparent entraînent à son égard la suspicion, voire la condamnation (ainsi pour Maître Eckart), elle ne dévie pas fondamentalement de la vraie foi. 

Formes et manifestations de la mystique

On distingue, d’une part, une mystique de l’immanence, dans l’hindouisme par exemple : sa réalité se confond avec le sujet lui-même, saisi dans ses profondeurs, l’atman ; et, d’autre part, la mystique de la transcendance, propre aux religions juive, chrétienne et musulmane : le sujet  » sort  » de lui-même dans une extase (du latin exstare,  » sortir hors de soi « ) pour s’élever jusqu’à la réalité ultime. Cette élévation, qui peut aller jusqu’à une union comparée au mariage, dit alors  » mariage mystique  » (ainsi dans le Cantique spirituel de saint Jean de la Croix , comporte divers degrés. Des manifestations variées, non essentielles, relèvent du fait mystique ou accompagnent l’extase : la lévitation (du latin levitas,  » légèreté « ), qui consiste dans l’élévation au-dessus du sol sans appui aucun ; les stigmates, qui sont, sur le corps, les marques mêmes de la Passion du Christ ; les songes et les visions, les apparitions, par exemple, etc. L’écriture joue un grand rôle chez bien des mystiques (Jean, l’auteur du quatrième Évangile et de l’Apocalypse, Jean de la Croix, Pascal, etc.). L’initiateur de la  » théologie mystique  » est le (Pseudo)-Denys, auteur d’ouvrages du Ve siècle, attribués à Denys l’Aéropagite. 

Dans le judaïsme, on identifie un long et authentique courant mystique dont les premiers indices écrits se trouvent dans la fameuse vision du  » char  » (en hébreu merkabah) d’Ézéchiel (VIe s. av. J.-C.). Cette tradition, que les Juifs appellent  » mystique de la Merkabah  » n’a cessé de s’amplifier et de s’enrichir pour donner naissance, dès la rédaction du Talmud (entre le IIIe et le VIe s.) et surtout après (jusqu’au IXe s. et au-delà), à de nombreux textes, prières à visée quasi magique et récits de voyages célestes, rassemblés tardivement sous la forme de livres appelés globalement  » littérature des Hékhalot (Palais célestes) « . La kabbale y trouve une bonne part de son inspiration.

La mystique chrétienne de l’amour

Les premiers moines chrétiens et certains Pères de l’Église – saint Augustin notamment – privilégiaient déjà la recherche d’une expérience personnelle de Dieu: ressentir et expérimenter plus que penser la grâce divine. Cette tradition du christianisme primitif, qui ne conçoit pas de vie mystique sans ascèse, se prolonge dans le monachisme orthodoxe. 

HermiteMais c’est au Moyen Âge que s’impose véritablement la mystique de l’union à Dieu par amour, avec la grâce du Christ. Saint Bernard de Clairvaux au XIIe siècle, puis saint François d’Assise et sainte Catherine de Sienne au XIVe siècle ne cesseront de crier les exigences de l’amour de Dieu. Les grands mystiques espagnols de l’ordre du Carmel dominent le XVIe siècle: sainte Thérèse d’Ávila conçoit sa vocation religieuse comme un mariage spirituel, et sa thématique de l’itinéraire ascétique, toujours inachevé, vers Dieu sera également au centre de la mystique de Jean de la Croix. Le XVIIe siècle connut un affrontement d’écoles, les uns privilégiant l’ascèse, les autres – les quiétistes –l’abandon à Dieu. En France, ce furent les premiers qui l’emportèrent contre Fénelon et Mme Guyon, adeptes du pur amour. À partir de la fin du XVIIe siècle, la mystique déclina; saint Benoît-Joseph Labre au XVIIIe siècle et sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, à la fin du XIXe siècle, demeurent des figures isolées.

 

La mystique spéculative

À travers l’œuvre du néoplatonicien Plotin (IIIe siècle apr. J.-C.), les thèmes mystiques de la Grèce antique, qui transparaissent chez Platon, sont la source d’un vaste courant de mysticisme spéculatif. Au sein même du christianisme s’y rattache la mystique rhénane et flamande des XIIIe et XIVe siècle – essentiellement représentée par Maître Eckart. Elle privilégie l’unité de l’être et l’idée d’une union immanente avec Dieu dans l’âme humaine. 

HermiteMoins orienté à ressentir qu’à découvrir par diverses opérations intellectuelles le principe fondamental de la vérité, que celui-ci relève de l’Esprit (théosophie) ou de la Nature (pansophie), ce mysticisme est à la fois une forme de gnose, connaissance sacrée, et d’ésotérisme au sens noble du terme; il considère en effet que le savoir suprême est caché et que l’on doit s’y initier par une longue ascèse. 

La religion juive, qui maintient une distance toute de respect avec Dieu, est relativement étrangère à l’idée d’union extatique avec le Créateur. Le plus grand mouvement mystique juif, la kabbale, constituée aux XIIe et XIIIe siècle, développe en revanche une profonde spéculation. 

Son livre majeur, le Zohar (ou Livre de la splendeur), est d’ailleurs très riche en inspirations néoplatoniciennes. Sa spécificité réside cependant dans une théorie de la contemplation des lettres du nom de Dieu, retrouvées dans l’Univers entier par un système de correspondances mystiques.

La mystique musulmane

L’islam a aussi sa mystique, le soufisme. Il s’agit d’une lignée historique, à travers tout l’islam, des origines à nos jours. L’itinéraire des soufis trouve ses repères dans l’exemple même du Prophète. Représenté d’abord par des ascètes et des sages, au IXe siècle, ce courant s’est organisé en écoles dans les grandes métropoles de l’empire musulman, et d’abord à Bagdad. 

HermiteLe soufisme place au premier plan non pas les règles et la Loi, mais l’amour mutuel entre Dieu et l’homme. Mais les docteurs de la Loi rejetèrent rapidement le soufisme, prétextant l’impossibilité d’un amour entre le créateur et l’homme. Martyr mystique, al-Halladj est ainsi condamné à mort en 922. Pourtant, à partir du Xe siècle, notamment sous l’influence du théologien mystique al-Ghazali (XIe siècle), le soufisme devient bientôt une connaissance religieuse reconnue par l’islam officiel. Cependant, à partir des théories monistes, presque panthéistes, d’Ibn al-Arabi (XIIIe siècle), le courant dominant de la mystique musulmane ne mettra plus l’accent sur le désir et l’amour de Dieu, mais sur la perte du sujet dans un univers où tout est Dieu.

Le soufisme a conçu une méthodologie mystique qui analyse précisément la succession des différents états spirituels et qui propose des procédés tels que la répétition inlassable et rythmée du nom divin, Allah. Organisé en confréries hiérarchisées, le soufisme est largement diffusé dans les couches sociales populaires.

 

Les religions orientales

La mystique orientale privilégie une démarche d’immanence: elle tend à l’union avec un absolu unique, impersonnel et indifférencié, et présent au fond de tout être vivant, au-delà des apparences extérieures et de l’individualisation. 

Yoga et mystique hindouiste

Les Upanishad védiques, textes religieux fondateurs datant environ du VIe siècle av. J.-C., développent le thème central de la mystique hindouiste: le «soi» de l’individu humain (atman) est de même nature que le principe absolu régissant l’Univers (brahman). En retrouvant l’unité essentielle de son être, le mystique atteint un état où il échappe à la loi de l’enchaînement des causes et des effets (karma), et à la transmigration douloureuse des âmes – de vies en morts – et des renaissances successives (samsara). La Bhagavad-Gita pose en même temps l’«identité de tout». 

Le yoga est la technique corporelle et spirituelle de cette libération. Il tend à aboutir à l’union mystique de soi à l’absolu à travers toute une série d’étapes décrites dans les Aphorismes du yoga (Yogasutra, encore nommé «yoga royal») – le yoga couramment pratiqué en Occident reprend seulement quelques-uns de ces exercices préparatoires (postures et discipline du souffle). 

La discipline mystique du yoga s’entend d’ailleurs en des sens très divers pour l’hindouisme. La Bhagavad-Gita (passage de l’épopée du Mahabharata) définit ainsi un yoga de l’action où il s’agit, sans abandonner la vie sociale, de se détacher des fruits de ses activités. Ce texte sacré propose aussi un yoga de dévotion amoureuse à une divinité personnelle (bhakti), tradition qui se rapproche de la religiosité occidentale. Mais cette mystique émotionnelle est souvent considérée comme une voie d’union, à travers un dieu particulier, à l’absolu indifférencié, plus inaccessible.

Mystique de l’immanence

Voie de salut n’impliquant aucune croyance en quelque divinité personnelle que ce soit, le bouddhisme se distingue radicalement de l’hindouisme en rejetant la notion d’un principe du soi (atman) qui transmigre, de façon identique, de vie en vie selon le principe karmique. Aussi le mystique recherche-t-il la délivrance dans le présent immédiat, dans une complète immanence au monde. Or celui-ci est le règne de la souffrance qu’entraîne automatiquement tout désir ou attachement. Le nirvana, état mystique d’«éveil» et de libération, est donc une extinction de la soif de vivre dans le bouddhisme. Tout homme qui parvient à un nirvana peut être qualifié de bouddha; ce terme désigne également l’essence spirituelle ultime de toute chose et de tout être 

L’école zen épurera encore l’expérience mystique bouddhiste en développant l’idée de vacuité au sein de la méditation et celle de renoncement salvateur au désir d’atteindre le nirvana, qui se trouve alors réalisé au sein du monde des phénomènes. 

La fascination pour le mysticisme

Des philosophes – Henri Bergson ou William James –, des écrivains – Romain Rolland, René Daumal ou encore Aldous Huxley – ont en commun de considérer la communion mystique avec l’absolu comme la source unique – et seule véridique – de toute religion. Les croyances et les rites particuliers sont considérés comme des dérivés et des rationalisations inessentielles. Hors de tout contexte religieux, on a même pu qualifier de mystiques certaines expériences décrites en termes purement subjectifs: le «sentiment océanique» de Romain Rolland (lettre à Freud du 5 décembre 1927) ou l’impression d’anéantissement, «comme une goutte d’eau dans la mer», de Julien Green contemplant un paysage (Journal, 18 décembre 1932). 

La prédilection pour le mysticisme a cependant suscité des œuvres d’une grande rigueur intellectuelle, adoptant parfois les recherches les plus contemporaines, en psychanalyse, par exemple, avec les théories dissidentes d’un Carl Gustav Jung. Des perspectives nouvelles sont offertes par l’histoire des religions – Mircea Eliade notamment expose ses thématiques fondamentales dans la Nostalgie des origines. De tels penseurs ont contribué à l’élaboration d’une conception moderne de la mystique. 

Sous une forme intériorisée, souvent influencée par la spiritualité orientale, le mysticisme connaît, depuis les années 60, un engouement populaire en Occident. Celui-ci témoigne autant d’une contestation des valeurs sociales établies que d’une recherche d’un sens profond à l’existence.

LE SILENCE

Dans la tradition occidentale, le silence est l’outil de l’apprentissage. Faire silence, c’est écouter ; c’est se rendre disponible à la parole de l’autre. C’est aussi se rendre sensible à ce qui se passe au-delà du langage. L’élève est silencieux parce qu’il doit apprendre. L’apprentissage traditionnel est initiation, imitation pour le perfectionnement. Le passage du seuil est possible parce que la personnalité profane est reléguée au second plan. Elle se tait pour faire place à un nouveau mode d’insertion au monde, celui de l’accès au sacré mais aussi l’accès au secret. 

Dans la tradition orientale, le silence est d’abord celui du mental, hors de la pensée discursive et logique. Dans le silence de la méditation, le méditant va tenter de réduire les fluctuations du mental où les soubresauts de l’intellect sont comparés parfois à ceux d’un singe. Dans ce processus, la relation sujet-objet, observateur-chose observée changent. Ce qui est pensé des choses et par conséquent ce qui en est dit laisse la place à la connaissance-fusion, conscience unitaire qui abolit la distance entre connu et connaissant. 

Vécu de manière individuelle et d’une manière plus prosaïque, le silence en soi est vecteur de disponibilité. C’est le silence du mental qui permet l’intuition, l’accès à l’irrationnel comme pendant à la pensée rationnelle. Les intuitifs font silence pour que la voix intérieure puisse se faire entendre. Ce silence est parfois absence. Il n’y a plus d’observateur. Seuls s’expriment la chose, la voix prophétique, le symbole. Ici, il n’y a plus connaissances, initiation, sagesse, mais transe. A l’exemple des devins ou médiums, la personnalité de l’opérateur ou sa spiritualité importent peu. Seul comptent ses capacités à laisser la place libre, ce qui n’est pas sans danger, du fait de cette disponibilité facilitant le passage à certaines forces. 

Si le silence de la personnalité permet l’émergence de l’esprit, encore faut-il que s’établisse le dialogue. Le dialogue est issu de la permanence de l’observateur, de sa stabilité. Dialogue intérieur, dialogue avec le Soi ou dialogue avec l’Ange selon tel ou tel point de vue. Bien que toujours vécu comme une expérience étrangère ou peu banale (car non incluse dans nos modes de fonctionnement habituels), ce dialogue implique une écoute qui ne soit pas démission, mais une attention (a-tension). 

Un autre aspect du silence est celui du silence volontaire de celui qui sait, qui répond d’une certaine manière et en quelque sorte à l’attente de l’étudiant. Le Porteur de vérité se tait car il sait que les mystères de l’initiation sont au-delà des mots et que la Parole vraie est un acte créateur. Le verbe est réellement vivant, novateur et porteur d’énergie créatrice. 

En contrefaçon ou contre initiation, vu de façon triviale, il s’agira parfois du maintien d’un secret de fabrication, qui place le soi-disant détenteur du secret dans une position dominante. Au mieux, ce silence est un refus de divulguer une connaissance technique et pratique. L’objection est qu’elle pourrait être employée à tort par un récipiendaire mal préparé, ce qui est possible. Les secrets techniques demandent non seulement un tour de main, mais un savoir faire, dont le sommet est le chef d’oeuvre du Maître, que le mauvais apprenti est seulement capable de plagier ou de voler. Au pire et malheureusement dans la majeure partie des cas, il y a une domination issue de pouvoir personnel. Alors il s’agira en fait de préserver des secrets de polichinelle qui forment la matière première du fond de commerce de certains charlatans.

Le silence de l’initié est aussi la reconnaissance de l’incommunicable. En ce sens, cela fait partie intégrante de l’initiation. L’initié se tait parce que ses mots sont porteurs d’un sens qui échappe au profane et qu’il ne sert à rien de dire à qui ne peut entendre. Tout savoir technique repose sur des modèles dont les formes s’ébauchent par le trait et la lente et libre construction selon des règles de divulgation. La pensée n’échappe pas non plus à des règles d’élaboration, de structures où la communication du sens dépend des qualités de réception et d’émission. Le silence à ce titre est la rupture de la continuité qui crée un autre mode de transmission où le possible peut émerger par la qualité vibratoire. Pour aller plus loin, le Silence est aussi respect de la Parole. Le Logos, le verbe devient l’expression de la volonté de l’Unique, manifesté dans la Parole vraie. Acte créateur par excellence, la Parole crée le pouvoir impersonnel, nomme les choses et ce faisant leur confère une existence sur le plan spirituel et matériel. Toute structure réelle s’échappe d’abord d’une matrice. L’économie du verbe, le Silence est alors le reflet d’une connaissance spirituelle issues des lois de l’équilibre et de la construction. A ce titre, il devient l’essence et le fondement préalable à toutes choses.

PHILOSOPHIE PERENNIS

Hermite

L’expression Philosophie éternelle (ou en latin « Perennis Philosophia ») désigne la croyance que la philosophie (au sens large) forme une tradition une et permanente, au-delà d’apparentes oppositions ou évolutions. 

Déjà Plutarque admet la notion de « théologie antique ». Il écrit, vers 70, dans Isis et Osiris § 45 : 

« Aussi existe-t-il une doctrine qui se rattache à la plus haute antiquité et qui, des fondateurs des connaissances sacrées et des législateurs, est descendue jusqu’aux poètes et jusqu’aux philosophes. Son origine est anonyme ; mais c’est une doctrine dont le crédit vigoureux et indéracinable se retrouve fréquemment impliqué non seulement dans les discours et dans les traditions, mais encore dans les rites initiatiques et dans les sacrifices, tant chez les Barbares que chez les Grecs. » 

Leibniz rappelle que le livre d’Augustinus Steuchus s’efforce « d’accomoder les Anciens au christianisme », et il pense qu’on peut en tirer quelque chose de plus, et c’est dans cette intention qu’il fait de perennis philosophia une sorte de devise de son éclectisme. Il précise dans une lettre à Rémond, datant de 1714 :

« La vérité est plus répandue qu’on ne pense, mais elle est aussi enveloppée, et même affaiblie, mutilée, corrompue par des additions qui la gâtent ou la rendent moins utile. En faisant remarquer ces traces de la vérité dans les anciens (ou, pour parler plus généralement, dans les antérieurs), on tirerait l’or de la boue, le diamant de sa mine et la lumière des ténèbres ; et ce serait, en effet, perennis quaedam philosophia [une certaine philosophie éternelle]. »

Hermite

En 1945, Aldous Huxley (1894-1963) publia « The Perennial Philosophy ». Il rapproche les religions, les traditions d’Orient et d’Occident, à la recherche d’une pensée mondiale, à mi-chemin de la science et de la mystique. 

« Philosophie éternelle : l’expression a été trouvée par Leibniz. Mais la chose, cette métaphysique qui reconnaît qu’il y a une réalité qui est la substance même des choses matérielles, de la vie et de l’esprit ; cette psychologie qui voit dans l’âme quelque chose de semblable ou même d’identique à la réalité divine ; cette éthique qui place les buts de l’homme dans la connaissance d’un fondement transcendant et immanent à tous les êtres, cette chose est universelle et immémoriale. Les rudiments de la philosophie éternelle peuvent être trouvés dans les avoirs des peuples primitifs de toutes les régions du monde, et, sous sa forme la plus développée, elle a une place dans les plus grandes religions. »


LES ASCÈTES

Arberry, A.J., « Le Soufisme ».
Trad. Jean Gouillard. Les Cahiers du Sud, 1952.

Hermite

 

Je vais maintenant raconter une vieille histoire 

Comment la Foi commença et grandit 

Jusqu’à sa pleine perfection ; oui, et je raconterai encore 

Comment ensuite elle s’est fanée jusqu’à ressembler 

A un vêtement décoloré. Après cela …

Je vous réserve une vraie gemme de science 

Que vous pouvez acquérir si vous voulez bien prêter attention à mes paroles 

Une connaissance débordante, pour décaper le cœur 

De la souillure et de la rouille et le rendre net et brillant 

Véridique est ma connaissance, nette et éloquente 

Précieuse autant que perles et rubis de grand prix 

Par la Grâce Divine je montre la vérité 

Que Dieu lui-même m’enseigna parce que je vis 

En ce siècle déconcertant au delà de l’expression 

Cruel et terrible, où il nous faut 

Sans plus tarder une affirmation de notre foi 

Doublée de preuves rationnelles 

L’Islam a été magnifiquement célébré… 

Comme les deuillants louent leur très cher disparu !


Ces vers sont empruntés à Ahmad b. ’Asim al-Antâkî d’Antioche, né à Wasit (Iraq) en 140/ 757 et mort à Damas en 215/830. Ils reflètent exactement l’état d’esprit des dévots au début du califat des Abbassides. Les prodigieuses conquêtes du Ier siècle de l’Islam avaient comblé de richesses et d’un pouvoir immense des gens étrangers à la « Maison du Prophète », qui régnaient sur de vastes territoires et menaient dans leur palais une existence d’oisiveté et de paresse, bien faite pour scandaliser les âmes simples.

 

La pieuse légende exempte de pareils excès les premiers compagnons et disciples de Mahomet : eux n’abusèrent jamais de leur condition privilégiée pour abdiquer la dignité simple et l’austérité de moeurs qu’ils avaient apprises du Prophète.

Lorsque Abu Bakr ayant hérité du pouvoir, l’univers entier vint à lui dans l’abaissement, il ne releva pas la tête pour cela ni n’afficha de prétentions ; il portait un seul vêtement qu’il agrafait avec deux épingles, ce qui lui valut le surnom de « l’homme aux deux épingles ».

’Umar b. al-Khattab, qui régna lui aussi sur l’univers entier, se nourrissait de pain et d’huile d’olive ; ses vêtements étaient rapiécés en une douzaine de places, parfois avec des bouts de cuir ; et pourtant les trésors de Chosroès et de César lui furent ouverts. ’Uthman, lui, ne se distinguait pas de ses esclaves par la mise ou l’apparence ; on le vit un jour sortir de l’un de ses vergers avec un fagot de bois mort sur le dos ; interrogé à ce sujet, il répondit : « Je voulais voir si mon âme refuserait. »

Lorsque ’Ali accéda au pouvoir, il s’acheta une ceinture de quatre dirhams et une chemise de cinq ; trouvant trop longues les manches de son vêtement, il alla demander à un savetier son tranchet pour en couper la partie qui dépassait le bout de ses doigts ; et pourtant le même homme partagea le monde en droite et gauche.

HermiteC’est ainsi qu’al-Kharrâz, un mystique fameux du ine/ixe siècle, se représentait les « Califes vertueux » et cette réputation de sainteté était générale. Avec l’avènement du rusé Mu’âwiya (661-680), tout changea et la politique donna le pas aux calculs temporels sur les inspirations de l’idéal spirituel ; le fils et héritier de Mu’âwiya, Yazîd (680-833) était un ivrogne invétéré. Le transfert de la capitale de La Mecque à Damas illustre, à lui seul, le déclin de la piété : la mollesse syrienne évince l’ascétisme viril de l’Arabie. 

Un jour viendra où une nouvelle capitale outrageusement somptueuse, Bagdad, surgira sur les ruines de l’ancien empire perse, dans un pays où l’arabe était presque une seconde langue ; ce jour-là, la décadence sera consommée. Devant une telle situation, une solution restait pour les âmes religieuses, se retirer de plus en plus d’une société visiblement engagée dans la voie de la damnation. 

Bien des gens qui avaient vu le Prophète furent réduits à choisir cette solution, dans leurs dernières années, pour marquer leur horreur de la corruption qui régnait en haut lieu. Conscients d’avoir pour eux l’intégrité et la justice, ils ne craignirent pas de fulminer condamnation et de prédire l’imminence du châtiment divin. Et cela devint un divertissement de bon ton dans les cercles puritains de s’amuser à écouter les éloquentes jérémiades des fidèles de la vieille école.

L’impiété califale connut une honorable exception dans la personne d’’Umar b. ’Abd ’Al-Azîz (717-720) célébré pour sa vertu en même temps que pour sa correspondance avec al-Hasan Al-Basrî (mort 110/728), un éminent théologien de la première heure renommé pour sa piété et son ascétisme et que les soufis revendiquent pour un de leurs plus anciens et plus distingués partisans. Le message d’al-Hasan illustre typiquement l’ascèse des débuts et ne laisse rien pressentir de la théosophie qui se développera plus tard. Qu’on en juge par cette lettre adressée à son auguste protecteur :

« Garde-toi de ce monde avec toute ta prudence ; il ressemble au serpent, doux au toucher mais dont le venin est mortel. Détourne-toi de tout ce qui t’enchante en lui, pour le peu de temps que tu as à passer dans sa compagnie. Dépouille-toi de ses soucis, car tu as vu ses hasards soudains et tu sais que tu en seras séparé ; supporte fermement ses épreuves pour la facilité qui sera bientôt la tienne. Plus il te plaît, plus tu dois te défier de lui ; chaque fois que l’homme de ce monde se sent assuré dans un de ses plaisirs, le monde le jette dans quelque désagrément ; quand il en obtient une partie et s’y niche, le monde brusquement le met sens dessus dessous. En outre, garde-toi de ce monde, car ses espoirs sont mensonges et ses attentes faussetés. Sa facilité n’est que difficulté, sa limpidité que boue. Voilà où est le danger : ou félicité éphémère, ou calamité soudaine, ou douloureuse affliction, ou ruine sans remède. Dure est la vie d’un homme qui est prudent dangereuse s’il est à l’aise, à l’affût sans cesse de la catastrophe, assuré de sa perte finale. Le Tout-Puissant n’eût-il pas porté condamnation sur le monde, ni inventé pour cela une parabole, ni ordonné aux hommes de s’en abstenir, le monde seul suffirait à éveiller le dormeur et à secouer l’étourdi ; à combien plus forte raison, quand Dieu lui-même nous a adressé une mise en garde contre lui et une exhortation à son propos. Car ce monde n’a ni poids ni valeur devant Dieu ; il est si léger qu’il ne pèse même pas devant Dieu autant qu’un galet ou une motte de terre ; comme il a été dit, Dieu n’a rien créé qui lui soit plus odieux que ce monde et, du jour où il l’a créé, il ne l’a plus regardé tant il le hait. Il a été proposé à notre Prophète avec toutes ses clés et ses trésors, et cela ne l’aurait pas diminué aux yeux de Dieu du poids de l’aile d’un moucheron, mais il a refusé ; rien pourtant ne l’empêchait d’accepter — puisqu’il n’y a rien qui puisse le diminuer aux yeux de Dieu — mais parce qu’il savait que Dieu haïssait une chose, il la haïssait aussi, que Dieu méprisait .une chose et il la ravalait aussi. Eût-il accepté, son acceptation eût prouvé qu’il l’aimait mais il a dédaigné d’aimer ce que son Créateur haïssait et d’exalter ce que son Souverain avait abaissé. Mahomet, quand il avait faim, s’attachait une pierre au ventre ; Moïse, lui, la peau de son ventre paraissait aussi verte que le gazon à cause de tout cela ; il ne demanda rien à Dieu le jour où il se réfugia dans l’ombre, sauf la nourriture quand il eut faim. Il est dit de lui dans les histoires que Dieu lui révéla : « Moïse, quand tu vois s’approcher la pauvreté, dis : « Bienvenue à l’insigne du juste ! » et quand tu vois s’approcher la richesse : « Voici une faute dont le châtiment a été décidé jadis. » Si tu le permets, on peut nommer en troisième lieu le Maître de l’Esprit et de la Parole (Jésus), car il y a une merveille dans ses choses ; il avait coutume de dire : « Mon pain quotidien est la faim, mon insigne est la crainte, mon vêtement la laine, ma montagne mon pied, ma lanterne nocturne la lune, mon feu de jour le soleil, mon fruit et mes herbes fragrantes les choses que la terre produit pour les bêtes sauvages et le bétail. Toute la nuit je n’ai rien et pourtant personne n’est aussi riche que moi ! ». Et si tu le permets, on peut nommer en quatrième lieu David qui ne fut pas moins admirable que ceux-ci : il mangeait de l’orge dans sa chambre et nourrissait sa famille de son, mais son peuple de fleur de froment ; la nuit venue, il revêtait un sac et enchaînait ses mains à son cou et pleurait jusqu’à l’aube, se nourrissant d’une nourriture grossière et portant des vêtements de crin. Tous ces gens ont haï ce que Dieu hait et méprisé ce que Dieu méprise ; dans la suite, les justes sont entrés dans leur chemin et ont serré la trace de leurs pas. »

On voit déjà s’affirmer ici l’importante théorie soufie suivant laquelle les prophètes eux-mêmes ont pratiqué la pauvreté et la privation. On notera aussi qu’al-Hasan al-Basrî attribue à Jésus et à David les pratiques d’austérité qui distinguaient si nettement les ascètes soufis contemporains, sans excepter le port du froc de laine. Ibn Sîrîn (mort 110/ 728), un célèbre savant contemporain d’al-Hasan, qui attaqua les principes et les pratiques de celui-ci sur plusieurs points, condamne en particulier le port de la laine (sûf), que certains dévots affectaient déjà de porter pour imiter Jésus. Ibn Sîrîn, lui, « préfère suivre l’exemple de notre Prophète qui s’habillait de coton ».

Le surnom de soufi, qui dérive incontestablement du mot arabe signifiant « laine », semble avoir été étrenné par un certain Abu Hâshim ’Uthmân b. Sharîk de Kufa (mort vers 160/776) ; vers le milieu du IIIe/IXe siècle, il était devenu le nom courant de ceux qui pratiquaient l’austérité ; au IVe/Xe siècle cette acception allait s’enrichir d’une note théosophique.

De Basra et de Kufa le mouvement ascétique se répandit dans toutes les parties du monde islamique, en particulier dans le Khorassan qui devint, durant la seconde moitié du IIe/VIIIe siècle, un foyer important de vie aussi bien politique que religieuse. C’est dans le Khorassan que fut ourdi le complot qui détrôna les Omayyades au bénéfice des Abbassides. Cette province reculée qui avait été dans le passé un centre florissant de bouddhisme fut la patrie du fameux Ibrâhîm b. Adham, prince de Balkh (mort 160/777). La légende de sa conversion à l’ascétisme a souvent été comparée au roman de Gautama Buddha ; elle allait devenir un thème favori des soufis postérieurs.

Mon père, fait-on raconter à Ibrâhîm, était de Balkh et il fut l’un des rois du Khorassan. Il était riche et il m’apprit l’amour de la chasse. Un jour que j’étais sorti à cheval avec mes chiens, ceux-ci levèrent un lièvre (ou un renard). Je piquai des éperons quand j’entendis une voix : « Ce n’est pas pour cela que tu as été créé, ce n’est pas cela que je t’ai commandé de faire. » Je m’arrêtai pour regarder à droite et à gauche mais je ne vis personne ; je dis : « Dieu maudisse le Diable ! » et je piquai de nouveau des éperons. J’entendis alors une voix plus impérieuse encore : « O Ibrâhîm, ce n’est pas pour cela que tu as été créé ; ce n’est pas ce que je t’ai commandé de faire. » Je m’arrêtai cette fois encore, regardai à droite et à gauche et, n’ayant vu personne, je répétai : « Dieu maudisse le Diable ! Je piquai une troisième fois des éperons quand j’entendis une voix sortir du pommeau de ma selle : « O Ibrâhîm, ce n’est pas pour cela que tu as été créé ; ce n’est pas ce que je t’ai commandé de faire. » Je m’arrêtai et dis : J’ai été levé ! Ceci est un avertissement du Maître des mondes. En vérité, à partir de ce jour, je ne désobéirai à Dieu, tant que le Seigneur me conservera en vie. » Je retournai à mon escorte et abandonnai mon cheval ; j’allai trouver un des bergers de mon père et lui pris sa robe et son manteau en échange de mes habits. Je partis alors vers l’Iraq, errant de pays en pays.

Le récit nous décrit ensuite sa vie vagabonde à la recherche d’une vie « suivant la loi » ; un certain temps, il gagne sa subsistance en Syrie comme jardinier mais il ne tarde pas à être découvert et il s’en va vivre dans le désert. Là il rencontre des anachorètes chrétiens qui lui enseignent la vraie connaissance de Dieu :

J’ai appris la gnose (ma’rifa), racontait-il à un disciple d’un moine appelé l’Abbé Syméon. Lui ayant rendu visite dans sa cellule, je lui dis : « Abbé Syméon, depuis combien de temps vis-tu dans cette cellule ? » — « Depuis 70 ans. » — « Quelle est ta nourriture ? » — « O Hanifite, quelle’ raison t’a fait me poser cette question ? » — « Le désir de savoir », répondis-je. Alors il me dit : « Chaque nuit, un pois chiche. » Je lui dis : « Qu’est-ce qui t’anime pour que ce pois te suffise ? » Et il me répondit : « Ils viennent à moi un jour chaque année, ils ornent ma cellule et processionnent tout autour en signe de révérence ; quand mon esprit est fatigué de prier, je songe à cette heure-là et je supporte les peines de toute une année en considération d’une heure. Hanifite, endure donc les peines d’une heure pour la gloire de l’éternité. » La gnose à ce moment descendit dans mon cœur.

Un de ses disciples ayant demandé à Ibrahim b. Adham une définition du service, le maître répondit : « Le commencement du service est la méditation et le silence, sauf pour la « mention » (dhikr) de Dieu. »

Un autre jour, à la nouvelle qu’un homme étudiait la grammaire, il se contenta de dire : « Il aurait bien plus besoin d’apprendre le silence ».

On lui prête cette prière : « O Dieu, tu sais que le paradis ne pèse même pas pour moi autant que l’aile d’un moucheron. Si tu me viens en aide par ton dhikr, si tu me soutiens de ton amour, si tu me facilites l’obéissance, donne le paradis à qui tu veux ». Dans une lettre à l’un de ses compagnons d’ascèse il écrit :

« Je t’exhorte à craindre Dieu à qui il n’est pas permis de désobéir et en qui seul repose ton espérance. Crains Dieu, car celui qui craint Dieu est grand et puissant, sa faim est satisfaite, sa soif étanchée et son esprit exalté au-dessus du monde. Son corps habite avec ceux de ce monde ; son cœur est face à face avec le monde à venir. Lorsque l’œil voit l’amour de ce monde, la vue du cœur s’éteint ; c’est pourquoi l’homme détestera les choses défendues de ce monde et renoncera à ses plaisirs ; voire, il s’abstiendra des choses permises et pures, à l’exception des haillons nécessaires pour ceindre ses reins et vêtir sa nudité ; même alors, il les prendra aussi épais et grossiers que possible. Il n’a de confiance ni d’espoir qu’en Dieu, sa confiance et son espoir sont élevés au-dessus de toute chose créée et reposent dans le Créateur de toutes choses. Il peine et s’épuise et exténue son corps à cause de Dieu, de sorte qu’il a les yeux enfoncés et les côtes saillantes et Dieu l’en récompense par un accroissement d’intelligence et de force de cœur en plus de toutes les autres choses qu’il a accumulées pour lui dans le monde à venir. Rejette donc le monde, ô mon frère, car l’amour du monde rend l’homme aveugle et sourd et le réduit en esclavage. Ne dis pas : « demain » ou « après-demain », car ceux qui ont péri ont péri parce qu’ils demeuraient toujours dans leur espérance et la vérité a fondu sur eux tout d’un coup au milieu de leur distraction et, entêtés qu’ils étaient, ils ont été portés à leurs tombes ténébreuses et étroites, abandonnés de leurs proches et de leurs amis. Consacre-toi à Dieu d’un cœur pénitent et avec une résolution inébranlable. Adieu ! »

L’école ascétique du Khorassan trouva un continuateur dans le disciple d’Ibrahim b. Adham, Shaqîq de Balkh (mort 194/810). Suivant divers auteurs, il aurait été le premier à faire de l’abandon à Dieu (tawakkul) un état mystique (hâl). Son petit-fils nous à laissé un récit de sa conversion qui éclaire à la fois les contacts entre l’Islam et les autres religions contemporaines et la conscience qu’on avait de leur influence sur l’évolution du soufisme.

Mon grand-père possédait trois cents villages, quand il fut tué à Washgird et pourtant il ne laissa même pas un linceul pour l’ensevelir : il avait tout donné. Son vêtement et son épée sont encore suspendus à ce jour et on les touche pour obtenir une bénédiction. Dans sa jeunesse, il était allé faire du commerce au pays- des Turcs, chez des gens du nom de Khusûsîya qui adoraient les idoles. Etant entré dans leur temple, il y rencontra leur docteur ; il avait la tête rasée et portait des vêtements rouges.

Shaqîq lui dit : « La religion à laquelle tu t’adonnes est fausse ; ces hommes, toi, la création entière, tout a un Créateur et un Auteur et il n’y en a pas d’autre en dehors de lui ; à lui appartiennent ce monde-ci et l’autre ; il est le Tout-Puissant, la Providence universelle. » Le ministre (des idoles) lui répondit : « Tes paroles ne s’accordent pas avec tes actes. » Shaqîq lui dit : « Comment cela ? » L’autre répartit : « Tu as affirmé que tu as un Créateur, universelle Providence et Tout-Puissant ; or, tu as quitté ton pays pour ce lieu, en quête de ta subsistance. Si tu dis vrai, Celui qui a pourvu à tes besoins ici est le même qui pourvoit à tes besoins là-bas ; épargne-toi donc ces soucis. » Shaqîq disait : « L’origine de mon renoncement (zhud)  » fut la remarque de ce Turc. » Il revint chez lui, distribua tous ses biens aux pauvres et se mit à la poursuite de la connaissance.

Dans ce que les écrivains postérieurs ont pu sauver de la pensée de Shaqîq, on discerne les premiers éléments d’un système organisé de renoncement, que les soufis du IIIe/IXe siècle devaient pousser bien plus loin. Son disciple Hâtim al-Asamm (mort 237/852), lui-même un membre en vue de l’école du Khorassan, le cite en ce sens :

« L’homme qui vivrait deux cents ans sans connaître les quatre choses suivantes n’échapperait pas (s’il plaisait à Dieu) à l’Enfer. (Ces choses sont) premièrement la connaissance (ma’rifa) de Dieu ; deuxièmement la connaissance de soi ; troisièmement la connaissance du commandement et de la défense de Dieu ; quatrièmement la connaissance de l’adversaire de Dieu qui est aussi son adversaire. La connaissance de Dieu consiste à connaître dans ton cœur qu’il n’est personne d’autre qui donne et retire, frappe et favorise. La connaissance de soi consiste à savoir que tu ne peux nuire ni favoriser, et que tu n’as le pouvoir de rien faire du tout ; et pareillement à résister au moi c’est-à-dire être soumis à Dieu. La connaissance du commandement et de la défense de Dieu consiste à te rendre compte que le commandement de Dieu règne sur toi et que ta subsistance dépend de Dieu et à te confier à cette Providence, en étant sincère dans toutes tes actions. Le signe de cette sincérité sera de n’avoir ni l’une ni l’autre des caractéristiques suivantes : convoitise et impatience. La connaissance de l’adversaire de Dieu consiste à avoir conscience que tu as un ennemi et que Dieu n’agréera rien de toi qui ne soit le résultat de la guerre ; et la guerre du cœur consiste à guerroyer contre l’ennemi, à lutter corps à corps avec lui et à l’épuiser. »

Autre représentant typique de l’ascétisme persan, ’Abd Allah al-Mubârak de Merv (mort 181/797) que les soufis revendiquent pour un des leurs. Il a écrit un livre sur le renoncement (Kitâb al-Zudh) qui nous est parvenu. L’ouvrage est formé d’un recueil de hadîth relatifs à l’ascèse ; c’est dire son importance : outre qu’il est la première en date de ces collections spécialisées, il nous montre sur le vif l’ascète en train de recueillir des témoignages dans la vie du Prophète et prêchant pour justifier la sienne. Merv donnera le jour un peu plus tard à Bishr b. al-Hârith al-Hâfi (le « va-nu-pieds ») mort en 227/841 ; il avait été suivant ses dires « un chenapan et un bandit » avant d’entendre l’appel de Dieu. Il enseigna une doctrine de l’indifférence à l’opinion d’autrui qui annonce une future bifurcation du soufisme, la secte des Malâmatîya qui devait connaître une particulière célébrité.

On prête à Bishr les propos suivants : « Cache tes actes de vertu comme tu caches tes mauvaises actions » [Ibid., VIII, p. 346] et encore : « Si tu as le moyen de te mettre dans une situation qui te fasse soupçonner de vol, fais tout ce que tu peux pour t’y mettre. » [Ibid., VIII, p. 348] Il écrivait à un disciple:

« Reprends le chemin le plus proche : plaire à ton Seigneur ; ne laisse pas ton cœur redevenir attentif aux applaudissements ou aux réprobations de tes contemporains. Ceux que tu crains sont en réalité morts, sauf les justes dont les cœurs sont illuminés par la foi. Car tù demeures dans un lieu où sont des morts, parmi les tombeaux d’hommes vivants peut-être, mais qui sont morts pour le monde à venir et dont les pas sont tous effacés de ses chemins. Voilà les gens de ton temps : dérobe-toi donc à ce lieu où la lumière de Dieu ne brille jamais. Ne te trouble pas si quelqu’un te quitte, ne te désespère pas de le perdre, car il vaut mieux pour toi l’avoir loin que près ; que Dieu soit ta suffisance, prends-le pour compagnon et qu’il les remplace. Méfie-toi des gens de ton temps, »11 n’est pas bon de vivre avec quelqu’un dont les gens aujourd’hui pensent du bien ni avec quelqu’un dont on pense du mal. Mieux vaut mourir solitaire que de vivre, car si quelqu’un s’imagine qu’il pourra échapper au mal et à la crainte de la tentation, qu’il sache qu’il n’y a pas d’issue pour lui ; si tu leur donnes pouvoir sur toi, ils t’inciteront à pécher ; si tu les évites, ils te poseront un piège. Choisis pour toi et fuis leur société. Je tiens que le meilleur conseil aujourd’hui, c’est de vivre seul ; là se trouve la sécurité et la sécurité est un avantage suffisant. »

L’extrême pessimisme de la conception de Bishr, ressort éloquemment des vers qu’on lui attribue :

Je le jure, la part est bien plus belle 

De boire les larmes amères du cœur 

Et d’écraser le noyau de datte que de se tenir 

L’envie dans l’âme et bonnet dans les mains 

Pour obtenir — la belle récompense ! 

Un regard méprisant et un froncement de sourcils. 

Que le désespoir donc te suffise 

C’est un plus grand bien que quoi que ce soit 

Une aubaine à dilater l’âme. 

Le désespoir est beau et honorable ; 

La crainte dé Dieu voilà la vraie noblesse 

Le désir mène à l’infamie ; 

Car le monde peut être beau aujourd’hui, 

Il finira toujours par assaillir et tuer.

Pendant ce temps, en Iraq, le courant ascétique se répandait pareillement dans des directions nouvelles. La violente réaction de Bishr b. al-Hârith contre la société se retrouve chez al-Fudail b. ’ïyâd (mort 187-803), lui aussi un fils du Khorassan, qui passa de nombreuses années à Kufa et mourut à La Mecque.

« En vérité, dira-t-il, j’aimerais mieux être cette poussière ou ce mur que de partager la vie nonchalante de mes contemporains terrestres les plus élevés. Tu crains la mort mais connais-tu la mort ? Si tu me dis que tu crains la mort, je ne te croirai pas ; car si tu craignais vraiment la mort, tu ne trouverais pas avantageux de manger ou de boire ou de posséder quoi que ce soit en ce monde. Si tu avais vraiment connu la mort, tu ne te serais jamais marié, tu n’aurais jamais désiré d’enfants ».

Un disciple d’al-Fudail fait observer qu’il l’accompagna pendant vingt ans sans l’avoir vu rire ou sourire qu’une seule fois,le jour où il perdit son fils ’Alî. Comme il l’interrogeait sur ce changement d’humeur insolite, il lui fut répondu : « le Tout-Puissant a aimé une chose et je l’ai aimée aussi ».

Sur un registre moins austère, la même note d’austérité résonne dans le langage de Râbi’a, la célèbre mystique de Basra (mort 185/801). Demandée en mariage par divers hommes pieux, elle repoussa toutes les offres en disant : « Le contrat de mariage est pour ceux qui ont une existence phénoménale. Dans mon cas, cette existence n’est pas. Car j’ai cessé d’exister et suis morte au moi. J’existe en Dieu et suis entièrement sienne. Je vis dans l’ombre de son commandement. C’est à Lui qu’il faut demander le contrat de mariage et non à moi. »

Râbi’a était littéralement hantée par le sentiment de la présence immédiate de Dieu ; un jour qu’elle était malade, elle répondit à un visiteur qui s’enquérait de la cause de son mal : « Au nom de Dieu, je ne vois d’autre cause à ma maladie, si ce n’est que le Paradis a été déployé devant moi et que j’ai langui après lui dans mon cœur ; et je crois que mon Seigneur en a été jaloux et m’en a fait ainsi reproche ; or, lui seul peut me rendre heureuse. »

Sa célèbre prière est de la même veine : « Si je T’adore par crainte de l’Enfer, brûle-moi en Enfer ; si je T’adore dans l’espoir du Paradis, exclus-moi du Paradis. Mais si je T’adore pour Toi-même, ne me prive pas de ta Beauté éternelle. »

Le nom de notre mystique est resté lié à la première énonciation soufie de la doctrine du Divin Amour appelée à devenir un des traits les plus caractéristiques du mouvement. Son court poème sur ce thème est l’un des plus souvent cités de la littérature soufie.

Je t’aime de deux amours : amour visant mon propre bonheur, et amour vraiment digne de Toi.

Quant à cet amour de mon bonheur, c’est que je m’occupe à ne penser qu’à Toi et à nul autre. 

Et quant à cet amour digne de Toi, c’est que tes voiles tombent et que je Te voie. 

Nulle gloire pour moi, ni en l’un ni en l’autre, mais gloire à Toi, pour celui-ci et pour celui-là.

Nous finirons cette courte revue des anciens ascètes comme nous l’avons commencée par une citation d’Ahmad b. ’Asim d’Antioche. Elle a l’avantage de fournir un excellent exemple de l’évolution qui commence avec son temps à affecter progressivement le caractère du soufisme. Le soufisme, d’un mode de vie qui est protection contre la mondanité des dirigeants, va se transformer en une théorie de l’existence et un système de théosophie.

Disciple lui-même d’un ascète connu, Abu Sulaimân al-Dârâni Ahmad, est le plus ancien auteur connu d’écrits mystiques, dignes de ce nom, qui nous soient parvenus, et il annonce ainsi les grands auteurs soufis du IIIe-IXe siècle. Un court dialogue entre lui et un disciple anonyme nous le montre dans son rôle de maître spirituel, un trait qui ira s’accentuant dans le soufisme.

Question. — Que dis-tu de la consultation d’autrui ? 

Réponse. — Ne t’y fie pas, sauf s’il s’agit d’un homme digne de confiance. 

Q. — Que dis-tu de donner des conseils ? 

R. — Examine d’abord si tes paroles te sauveront toi-même ; dans l’affirmative, tes directives sont inspirées, on te respectera et on te croira. 

Q. — Que penses-tu de l’association avec d’autres hommes ? 

R. — Si tu trouves un homme intelligent et digne de confiance, associe-toi avec lui et fuis le reste des hommes comme des bêtes sauvages. 

Q. — Quelle est la meilleure façon pour moi de me rapprocher de Dieu ? 

R. — Quitter les fautes intérieures. 

Q. — Pourquoi intérieures plutôt qu’extérieures ? 

R. — Parce qu’en évitant les fautes intérieures, tes fautes extérieures seront aussi nulles que tes fautes intérieures. 

Q. — Quelle est la faute la plus pernicieuse ? 

R. — Celle dont tu ignores qu’elle est une faute. Plus pernicieuse encore, celle que l’on prend pour un acte de vertu alors qu’elle n’est qu’une faute. 

Q. — Quelle faute m’est la plus profitable ? 

R. — Celle que tu gardes devant tes yeux, pleurant sur elle sans cesse, jusqu’à ce que tu veuilles ne jamais plus la commettre de nouveau. Voilà le « vrai repentir » (C. 66.8). 

Q. — Quel est l’acte vertueux le plus nuisible ? 

R. — Celui qui te fait oublier tes mauvaises actions ; celui que tu gardes devant les yeux, te reposant sur lui avec confiance, de sorte que, dans ton illusion, tu ne crains pas le mal que tu as fait, par orgueil. 

Q. — Où suis-je le plus caché ? 

R. — Dans ta cellule et dans ta maison. 

Q. — Et si je ne suis pas en sûreté dans ma maison ? 

R. — Là où les convoitises ne collent pas à toi,.où les tentations ne t’assiègent pas. 

Q. — Quelle grâce de Dieu m’est le plus profitable ? 

R. — Quand il te garde de lui désobéir et t’aide à lui obéir. 

Q. — Ceci est un résumé. Explique-le moi plus clairement. 

R. — Parfait. Quand il t’assiste avec trois choses : une raison qui désarme tes passions, une connaissance qui suffit à ton ignorance et une indépendance qui chasse de toi la crainte de la pauvreté.

Hermite

 

Hermite

Châtelet-Les Halles fontaine du Palmier

 

Les 4 vertus cardinales : Justice, Force, Tempérance et chut !

 

Force, Justice, Tempérance et Prudence. Pour vous, amateurs de Tarot de Marseille, ces dénominations ne vous sont pas inconnues…

 

En revanche, vous allez me signaler et à juste titre, que « Prudence » n’existe pas dans les cartes dont nous parlons. Enfin, de prime abord, n’est-ce pas…

 

Comme à de nombreuses reprises, le Tarot nous joue ici sa fameuse règle du « 3+1 » : 3 visible et 1 invisible ou 3 semblable et 1 différent…

 

Mais en attendant de vous en dire plus à ce sujet, je vous propose de lire la définition des vertus cardinales proposée par wikipedia :

 

Le christianisme considère que les quatre vertus cardinales jouent un rôle charnière (d’où leur nom de « cardinales », du latin « cardo » : charnière, pivot) dans l’action humaine et parmi les autres vertus.

 

La prudence dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance le véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir ;

 

La tempérance assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l’honnêteté, procurant l’équilibre dans l’usage des biens ;

 

La force, c’est-à-dire le courage, permet dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien, affermissant la résolution de résister aux tentations et de surmonter les obstacles dans la vie morale ;

 

La justice consiste dans la constante et ferme volonté de donner moralement à chacun ce qui lui est universellement dû.

 

Les vertus sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent les actes, ordonnent les passions et guident la conduite. Elles procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement bonne. L’homme vertueux, c’est celui qui, librement, pratique le bien.

 

Ce groupe de quatre vertus fut repris par Socrate puis mis en évidence par Platon, suivi par Aristote et les philosophes stoïciens.

 

Dans les œuvres littéraires et les œuvres d’art du Moyen Âge et de la Renaissance, les vertus sont généralement représentées sous les traits de femmes. Les vertus sont représentées avec des attributs symboliques, qui varient selon les artistes et les auteurs. Néanmoins certains attributs donnent lieu à de nombreux réemplois, par exemple :

 

pour la prudence : miroir, corne d’abondance, serpent ;

pour la tempérance : deux récipients avec l’eau passant de l’un à l’autre, balancier d’horloge ;

pour la force : animal terrassé, massue ;

pour la justice : glaive, sceptre, balance.

 

À la Renaissance, certains ouvrages se sont attachés à normaliser ces attributs ou à les recenser tout en fournissant des explications sur leur origine et leur symbolique. Le plus connu est l’Iconologia (1593) de Cesare Ripa, qui sera suivi de nombreux autres livres d’emblèmes.

 

En lisant ce qui précède, il est relativement aisé de reconnaitre les vertus dans les arcanes concernées, même lorsque leurs attributs employés divergent quelque peu.

 

Ci-dessous, vous pouvez admirer, dans l’ordre d’apparition à l’écran, les lames du Dodal, les Vertus de l’hotel de ville de La Rochelle, les Vertus du tombeau des Ducs de Bretagne dans la cathédrale de Nantes…

 

HermiteHermite    Hermite

C’est la Prudence du Tombeau dit « de François II » de la Cathédrale de Nantes qui sera la plus à même de nous mettre sur la piste de notre vertu cachée du Tarot de Marseille. Preuve supplémentaire, s’il en fallait, de l’étroite corrélation entre alchimie et Tarot.

 

  Hermite   Hermite Hermite
Force                          Justice                         Tempérance

Je vous conseille au passage la visite de l’excellent site « hermetism » pour plus d’informations sur le sujet de l’alchimie et de ses représentations dans l’architecture française.

 

En attendant, ne faisons pas durer le suspense plus longtemps et voyons ce que cache la belle Prudence de Nantes sous sa coiffe…

Hermite Hermite Hermite

Édifiant, n’est-ce pas?

 

Le voici donc démasqué, notre « Prudent » du Tarot ! Prudence, qui est par ailleurs un des principaux mots-clé attribués à cette lame VIIII, ce qui n’est certes pas un hasard.

 

Ici, point de miroir ou de serpents, même si certaines éditions récentes du Tarot dit de Marseille n’ont pas hésité à ajouter un de ces reptiles autour du bâton de l’Ermite le transformant ainsi en caducée.

 

Pour autant, l’allure singulière de ce noble personnage intrigue. Il semble aller à contre-sens du sens de lecture communément admis comme étant de gauche à droite. Pour ma part, il me plait de penser qu’il avance grâce à son miroir qui, s’il n’est pas ici représenté de manière tangible, est subtilement suggéré par ce mouvement de « conduite au rétroviseur ».

 

Fulcanelli, alchimiste, nous indique à propos du miroir dans l’ouvrage « les Demeures philosophales » que :

 

« c’est l’ouverture à la Vérité et c’est dans celui-ci que les maîtres voient la nature à découvert car la nature ne se montre jamais d’elle-même au chercheur, mais seulement par l’intermédiaire de ce miroir qui en garde l’image réfléchie. »

 

C’est que le miroir n’est pas ici symbole de vanité mais de l’examen de conscience qui doit présider à toute action sage : l’homme prudent doit être capable d’introspection et de réflexion. C’est le principal message dont est porteur ce neuvième « arcane »…

 

 

On peut noter que Court de Gebelin (1725-1784) attribuait, quant à lui, la vertu de Prudence à la carte du Pendu XII. Pourquoi pas ? Pour ma part, et pour finir sur une boutade, je dirais que si Le Pendu avait été vraiment prudent, il ne se serait peut-être pas retrouvé dans une si inconfortable situation !

 

Plus sérieusement, je ne prétends pas, encore une fois, détenir la « seule Vérité incontestable ». En cela au moins, je me démarque d’auteurs moins « prudents » et me satisfais simplement de partager avec vous quelques pistes de réflexions.

 

HISTOIRE DES 4 VERTUES CARDINALES

 

Les premiers écrits au sujet des vertus humaines sont l’œuvre des philosophes grecs. Dans « La République », Platon (427-348 avant Jésus-Christ) distingue déjà quatre vertus principales : la sagesse (Livre IV, 428b-429a), le courage (Livre IV, 429a-430c), la tempérance (Livre IV, 430d-432b) et la justice (Livre IV, 432b-444a).

 

Platon rapproche la sagesse de la connaissance. Selon lui, être sage c’est être de bon conseil et c’est la connaissance qui permet d’être de bon conseil. Le courage n’est nécessaire qu’aux auxiliaires des chefs d’état qui sont les gardiens et les défenseurs de la cité. La tempérance est partagée par tous les citoyens. Grâce à cette vertu l’homme maîtrise ses passions. L’harmonie entre les citoyens est ainsi favorisée. Platon met au dessus des autres la quatrième vertu : la justice. Elle est en même temps la condition des trois autres mais aussi la plus difficile à trouver.

 

Aristote (384-322 avant Jésus-Christ) dans « Ethique à Nicomaque » utilise une distinction différente. « Nous distinguons, en effet, les vertus intellectuelles et les vertus morales : la sagesse, l’intelligence, la prudence sont des vertus intellectuelles ; la libéralité et la modération sont des vertus morales ». (Livre I, chapitre 13). Il met à part la justice qu’il considère comme la plus haute des vertus. Un peu plus loin, il précise la signification de la vertu. « Ainsi donc, la vertu est une disposition à agir d’une façon délibérée consistant en un juste milieu relative à nous, laquelle est rationnellement déterminée et comme la déterminerait l’homme prudent ». (Livre II, chapitre 6). Il passe ainsi en revue une dizaine de vertus. Parmi celles il décrit : Le courage est un juste milieu entre la peur et la témérité. La libéralité est un juste milieu entre l’action de donner et celle de recevoir des richesses. La magnanimité est un juste milieu entre la pusillanimité et la vanité. La tempérance est le juste milieu par excellence. Ces vertus deviennent ainsi des formes de prudence.

Les vertus principales sont ainsi plus que trois : la justice, la prudence et la sagesse. L’intelligence n’est qu’une vertu mineure.

 

Cicéron (106-43 avant Jésus-Christ) dans « De finibus » reprend à son tour la doctrine des quatre vertus principales. « L’autre genre comprend les grandes et véritables vertus, filles de notre liberté, telles que la prudence, la tempérance, la force, la justice, et les autres de même nature. ». Contrairement à Aristote Cicéron ne privilégie par une vertu par rapport aux autres. Elles ont chacune une fonction particulière mais elles sont tellement liées entre elles et elles participent tellement les unes aux autres qu’on ne peut pas les séparer. (Livre V)

 

Saint Ambroise (environ 340-397) dans « De officiis ministrorum » est le premier auteur chrétien à fixer la liste des vertus cardinales : la tempérance, la justice, la prudence et la force. Le terme « cardinale » vient du latin cardo, « le gond ». C’est autour de ces vertus que pivotent toutes les autres comme autour d’un gond.

 

À son tour, Saint Augustin (354-430) dans un ouvrage intitulé « DES MOEURS DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE ET DES MOEURS DES MANICHÉENS », au chapitre XV nous donne ce qu’il appelle une définition chrétienne des quatre vertus cardinales. Le texte constitue une synthèse entre les vertus cardinales et les vertus théologales.

 

« Si la vertu est le chemin du bonheur, que peut être la vertu sinon amour souverain pour Dieu ? Quand donc on dit qu’elle est quadruple, je crois qu’on l’entend des divers états de cet amour. Ces quatre vertus, plaise à Dieu que leur efficacité soit dans tous les Cœurs, comme leurs noms sont dans toutes les bouches ! 

 

Voici comme je les définis sans hésiter : LA TEMPÉRANCE, c’est l’amour se donnant tout entier à l’objet aimé; LA FORCE, c’est l’amour supportant tous les maux à cause de l’objet aimé; LA JUSTICE, l’amour soumis au seul objet aimé, et par suite régnant sur tout le reste avec droiture; enfin, LA PRUDENCE, c’est l’amour faisant un choix judicieux de ce qui peut lui être utile à l’exclusion de ce qui peut lui être nuisible. Et cet amour, nous avons dit que ce n’est pas l’amour de n’importe quel objet, mais uniquement l’amour Divin, c’est-à-dire l’amour du souverain bien, de la souveraine sagesse, de la concorde souveraine. 

 

Je pourrais donc encore redéfinir ces vertus : LA TEMPÉRANCE c’est l’amour se conservant intègre et incorruptible; LA FORCE, c’est l’amour supportant facilement tout à cause de la Foi; LA JUSTICE, c’est l’amour au service de l’équité et de la paix. LA PRUDENCE, c’est l’amour discernant judicieusement ce qui peut nous aider à arriver au divin ou ce qui peut nous détourner de lui. » 

 

Dans les œuvres d’art les vertus cardinales sont représentées sous les traits de femmes portant les attributs suivants :

 

LA TEMPÉRANCE: deux récipients avec de l’eau passant de l’un à l’autre

LA FORCE: le glaive

LA JUSTICE : la balance

LA PRUDENCE: miroir et serpent

 

LES VERTUS CARDINALES ET LE TAROT

 

Parmi les 22 arcanes majeurs du tarot de Marseille, on retrouve 4 arcanes pouvant peut-être avoir la même signification symbolique que les 4 figures des Vertus Cardinales. Ces 4 arcanes sont : La Justice (arcane VIII), Hermite qui représente un vieux sage dont la voie est celle de la prudence (arcane IX), La Force (arcane XI) et Tempérance (arcane XIV).

 

Les 4 vertus cardinales sont bien expliquées dans « La chrysopée du Seigneur » attribuée à Raymond Lulle. Je vous en donne l’extrait :

 

« Dans l’Homme, les Éléments susceptibles de faire débuter l’œuvre, sont les Quatre Vertus Cardinales, savoir: Force, Prudence, Tempérance et Justice.

 

Le Sage qui a su développer en son Âme ces Quatre Vertus est assuré, de par leur présence même, de voir se développer en lui, à leur tour, les trois Vertus Théologales, savoir : Foi, Espérance et Charité.

 Hermite

Ainsi, la pratique suivie et attentive des Vertus Cardinales, génère et suscite l’action des trois Vertus supérieures. À leur tour, lorsque nos trois Principes supérieurs sont définitivement acclimatés en nous, ils s’empressent d’éveiller d’autres présences, celles des Puissances de la dyade suprême : Intelligence et Sagesse.

 

Et à leur tour, ces deux grâces divines en éveillent une autre en nous : celle qui ne saurait être exprimée par des mots et des images. En cette dernière est toute la Béatitude promise aux élus, par elle, nous participons, créatures, à la Vie Divine.

 

Il serait vain de croire que la pratique d’une seule Vertu soit susceptible de générer les suivantes. De même que l’enfant naît du père et de la mère, de même que l’Esprit-Saint procède et du père et du Fils, de même une Vertu ne procède que de deux autres. Ainsi, sur l’Arbre de notre Connaissance.

 

La première Vertu qu’il importe de développer en nous est celle de la Force. Car comment pouvons-nous nous attaquer à une telle entreprise si nous ne sommes pas, par avance, assurés de la mener à bien ? Il faut donc être fort ; fort contre le monde, fort contre nous, fort contre nos Vices.

 

La seconde Vertu à développer est la Prudence, car elle nous enseignera à nous défier du Monde, de nous-mêmes, des ruses subtiles des Vices, nos Ennemis conscients et subtils. Car, encore une fois, il ne faut point voir ces Vices comme des réactions instinctives et mécaniques de notre propre Chair. Sans doute, celle-ci sert de véhicule et de canal à ces réactions. Mais celles-ci sont inspirées par l’Esprit Démoniaque qui habite en elle, puisqu’il en est à la fois l’auteur et l’animateur. C’est par elle que l’Esprit des Ténèbres s’exprime ; et lorsqu’il la fait vibrer à sa guise, ainsi que la viole sous les doigts du ménétrier, nous devons, en tant qu’esprit libre, nous défier de tout ce qu’elle apporte de suggestions diverses, compliments ou reproches, conseils ou négations, tout ce qui semble présenter une justification de la prééminence de la Chair sur l’Esprit, tout est à rejeter. Voici la Vertu de Prudence.

 

De la pratique commune de ces deux premières Vertus, Force et Prudence, naîtront respectivement deux autres : Tempérance et Justice.

 Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite
Lorsque la Force aura tendance à déborder son domaine, que Prudence s’effacera momentanément, Justice apparaîtra. Car, qui dit Justice dit rétribution exacte. Et par une réaction purement mécanique, l’équilibre un instant perturbé se rétablira.

 Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite

Mais lorsque Prudence l’emportera sur Force, alors Tempérance apparaîtra. Elle a également nom Miséricorde, Douceur, Indulgence, et Pardon. Sur la ligne des deux plateaux, elle s’oppose à Justice, dont la rigoureuse précision ignore les variations suscitées par l’infini amour des êtres pour les êtres, et de Dieu pour eux tous.

 Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite

Lorsque ces Quatre Vertus Cardinales seront devenues actes de tous les instants, en toi, Fils du Soleil et de la Lune, les Éléments de l’Œuvre seront prêts à entrer dans le jeu des générations supérieures. Alors, dans ton Âme, paraîtront trois hôtes nouveaux, les Vertus Théologales, qui ont nom Foi, Espérance et Charité.

 Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite Hermite

Force était Feu, Justice était Air, Tempérance était Eau, et Prudence était Terre. En cette seconde série, Foi sera Soufre, Espérance sera Mercure et Charité sera Sel.

 

La Foi naît de la pratique de la Justice et de la Tempérance. Foi, avant tout, prend sa source dans la vérité et la franchise. Lorsque tu possèdes la Vérité, une Certitude, tu crois alors fermement au bien-fondé de ce qui s’y rapporte. Et la solidité de ta croyance est le fruit de ta certitude. Songe alors que la Foi que tu peux susciter chez autrui dépend totalement de la véracité de tes paroles, de tes actes et surtout de tes pensées. Pense juste, pour parler franchement et agir droit. Car Foi est surtout et avant tout Bonne Foi. Foi, c’est Franchise ! Ne mens pas, car le Mensonge tue la Foi. Ce faisant, tu tisses autour de toi-même un voile qui te cache Dieu, suprême Vérité. 
 Hermite
Pour croire juste. il faut imaginer ou agir véridiquement. Ce faisant, tu fais naître en toi-même une Foi, fille de Certitude. Et Certitude est seule Réalité…
 Hermite
Justice et Bonne Foi engendrent Espérance. Car, qui nierait que le Bon Droit, né de Justice, et Certitude, fille de Bonne Foi, sont seuls susceptibles d’asseoir sans crainte ton Espérance ?

 Hermite

Semblablement, Foi et Tempérance font naître Charité. Car la Bonne Foi et la Douceur exigent que nous rendions à autrui ce que nous souhaitons qu’il nous rende. Ainsi naît la Charité, autre aspect de l’Amour des êtres pour les êtres.

 Hermite

Mais Bonne Foi et Espérance font aussi naître Charité et ce pour les mêmes motifs. La Certitude que donne l’Espérance reposant sur la Vérité et sur la Bonne Foi, nous démontre que le but et l’état final des Etres est justement l’Amour de ces mêmes êtres les uns pour les autres. Donc, Foi et Espérance génèrent Charité. »

 Hermite

Ici, le Septenaire est établi. En toi-même, Fils du Soleil et de la Lune, ont été successivement générées Force et Justice, Tempérance et Prudence, donnant naissance à Foi, Espérance et Charité.

 Hermite

Issus des Quatre Éléments, Feu, Air, Eau, Terre, se dessinent flamboyants comme des personnages de Vitrail : Soufre, Mercure et Sel des Philosophes!

Les 4 Vertues Cardinales sont nécessairement une des « Clés Fondamentales ».