L’origine obscur et non connue du Tarot pave la voie ésotérique





 Tarot

L’on dit que les origines du Tarot semblent se perdre dans la nuit des temps, en provenance d’on ne sait trop quelle région du monde. Et même en creusant davantage, la provenance étymologique du mot comme tel reste occultee; même si plusieurs peuples en réclament la pérennité. Mais peu importe le Temps ou les peuples, en raison des archétypes et symboles dont il est chargé, le Tarot fait référence à une certaine philosophie — plus ou moins secrète — et aux sciences occultes: puisqu’il serait un héritage des sages de l’Antiquité, qui ont savamment mis leur Savoir à l’abri des profanes en lui donnant une apparence de simple jeu.

Hypothèse avignonnaise

Avignon fut, au XIVème siècle, de 1305 à 1403, le centre de l’Europe et du monde chrétien, le siège des papes et de multiples cardinaux et courtisans. Cette cité a attiré des artistes en masse des Flandres, d’Ile de France, d’Espagne, de Moselle, d’Italie du Nord, d’Angleterre, et au-delà, sans oublier les miniaturistes parisiens. Avignon était une cité du Comtat Venaissin et faisait partie du Saint Empire Romain Germanique. Des milliers de dessins, croquis, en noir, en bistre ou en couleurs ont été accumulés pendant presqu’un siècle.

Mais voilà, paradoxe, cette cité cosmopolite, grouillante d’artistes, attirant pèlerins, artisans, banquiers ; où on parlait le provençal, le francilien ou le français, et le florentin, plus le latin évidemment, a été vidée de toutes ses richesses. Il ne faut donc pas s’étonner de l’absence incroyable de toute trace de cartes à jouer, puisque tout a pratiquement disparu sauf les bâtiments et leurs fresques.

 


À l’époque, nombre d’éléments symboliques et figures allégoriques circulaient en images destinées à un peuple majoritairement analphabète. Vies de saints, de Jésus, de Marie, mais aussi des vignettes à but éducatif, issues du monde antique et chrétien. En Provence, on les appelait nahipi, et aussi ybes ou ybys, comme les naïbis pour les enfants en Italie et devenues naipes par la suite en Espagne. Parmi toutes ces images, il y a celles qui ont été ajoutées dans certains jeux de cartes, créant ainsi les atouts du tarot. Il y avait le choix : on a retrouvé une planche ( fin XVème ) de cinquante images (Fig. 1) sur laquelle on trouve, en plus de celles qui sont les atouts du tarot, la Logique, la Rhétorique, la Théologie, la Misère, le Temps, la Prudence, la Charité, l’Espoir, la Raison, la Mélancolie, et aussi Mercure, Vénus, Jupiter, Apollon, Calliope, etc., qui auraient pu être à la place de la Tempérance, du Monde, des Amoureux, de la Maison Dieu, de la Force, de la Lune, du Soleil…etc. Il faut lire Christine de Pisan, Martin Le Franc et jusqu’à Le Cœur d’Amour Epris de René d’Anjou (Roi René), où nous trouvons, outre la Tempérance, la Force, la Fortune, c’est-à-dire tous les atouts connus, des Vertu, Raison, Espérance, Mélancolie, Vice, Paresse, Amour, Chasteté, tous éléments qui auraient pu être à la place des atouts existants.

Par ailleurs, l’absence totale de dames dans les jeux de cartes italiens, tout comme dans les jeux dits espagnols, alors que les cartes françaises en ont toujours eu, nous amène tout droit vers notre tarot. Un acte notarié daté de 1381, qui interdit à un marin marseillais de jouer aux cartes pendant sa traversée vers l’Egypte, prouve qu’il y avait bel et bien des cartes42. Et on ne peut imaginer un seul instant que les cartiers marseillais ou avignonnais aient pu connaître l’existence du Tarot Visconti, caché dans un écrin ou un coffret dans un palais ducal de Milan. L’inverse semble plus probable. Nous sommes là devant le dilemme de l’œuf et de la poule mais, j’insiste, qui peut aujourd’hui démontrer que Marseille a copié des tarots ducaux et non pas le contraire ?…

Par ailleurs, l’absence totale de dames dans les jeux de cartes italiens, tout comme dans les jeux dits espagnols, alors que les cartes françaises en ont toujours eu, nous amène tout droit vers notre tarot. Un acte notarié daté de 1381, qui interdit à un marin marseillais de jouer aux cartes pendant sa traversée vers l’Egypte, prouve qu’il y avait bel et bien des cartes42. Et on ne peut imaginer un seul instant que les cartiers marseillais ou avignonnais aient pu connaître l’existence du Tarot Visconti, caché dans un écrin ou un coffret dans un palais ducal de Milan. L’inverse semble plus probable. Nous sommes là devant le dilemme de l’œuf et de la poule mais, j’insiste, qui peut aujourd’hui démontrer que Marseille a copié des tarots ducaux et non pas le contraire ?…

Mieux : Au Musée du Petit Palais d’Avignon, il y a des fresques provenant d’une maison de Sorgues dont une qui montre un Valet de chien (Fig. 2). Ces fresques auraient été peintes entre 1360 et 1380. A Villeneuve-lès-Avignon, peint à la même époque papale, il y a un autre Valet de chien ! (Fig. 3). Or, les Fous, ou Fol, ou Mat des tarots ont un chien accroché à leurs basques. Mieux encore, il y a une multitude de Valets au chien dans les cartes à jouer faites à Marseille, Avignon, Paris, Lyon, Rouen, Strasbourg, mais aussi dans les jeux à portrait français édités à Bruxelles, Munich, Düsseldorf, Vienne, Prague, le Liechtenstein (Fig. 4). Ils sont généralement valets de pique (Fig. 5), sauf exception (Fig. 6). Il n’y en a pratiquement pas dans les cartes italiennes sauf les Fous repris du Tarot de Marseille.


La plus ancienne carte connue est celle qui fait partie de la série dite « de Goldschmidt », du nom du collectionneur qui possédait neuf cartes de ce jeu, peintes sur parchemin, et qui sont considérées comme étant Provençales. Ce jeu comporte, en plus d’un valet et de son chien (Fig. 7), un cinq de bâtons, un as de coupes et un as de deniers ! C’étaient les enseignes en cours dans le midi à cette époque). Le problème toutefois, pour ceux qui négligent le fait que rien n’était institutionnalisé au XIVème siècle, qui est celui qui a vu naître les cartes à jouer et où il y avait une liberté de création totale (voir les jeux faits main de la Chasse d’Ambras et celui de Stuttgart, et voir aussi le Fou d’un autre Tarot Visconti qui est à Yale University), c’est qu’il est manifeste que le tarot n’a pu être créé en une seule fois, mais que des images y ont été introduites pour rendre le jeu ordinaire plus complexe.

Ces images étaient diverses, et qu’importe leur « donné à voir » puisqu’elles étaient considérées comme autant d’atouts ou de triomphes, images que l’on retrouvait par ailleurs aussi bien dans la bibliothèque de Charles V que dans celle de Charles VI. Le seul ennui, pour ceux qui croient dur comme fer que le tarot a été inventé d’une seule pièce et conçu par un seul peintre, alors qu’il ne s’agit aucunement de peinture mais bel et bien d’enluminures, est que le peintre à qui on attribue l’ « invention » du tarot est plutôt connu comme fresquiste.

A ce propos, il est opportun de rappeler l’immense succès à travers l’Europe du Livre de la Chasse de Gaston Phébus dont le plus bel exemplaire fut exécuté début XVème, celui qui correspond à l’épanouissement de l’art subtil de l’enluminure encouragé par les Ducs de Berry, de Bourgogne et de Bedford. A l’époque où fut illuminé ce manuscrit 616 ( BN ), dont les illustrations ont des fonds guillochés, tout comme dans des manuscrits antérieurs qui ont été faits par des enlumineurs avignonnais fin XIVème tout était fait par une équipe d’artisans différents, et qui ne signaient pas les œuvres. Quoi qu’il en soit, et pour revenir aux Valets et aux Fous au chien, un grand collectionneur anglais de la fin du XIXe, George Clulow, possédait ce qu’il pensait être les cartes à jouer les plus anciennes d’Europe et les considérait comme provençales. Il s’agit de deux Valets, pique et trèfle,accompagnés d’un chien bien sûr (Fig. 8), mais quantités de ces Valets et de ces Fous peuvent être trouvés dans des dizaines et des dizaines de jeux ! (Fig.5 et 6).

Autre découverte. Quel que soit le tarot que vous pourrez avoir entre les mains, vous pourrez constater que l’Impératrice, et parfois l’Empereur, ont un « aigle » sur leur blason (Fig. 9). Enquête faite, il ne s’agit aucunement d’un aigle (pour ceux qui pensent que, Avignon faisant partie du Saint Empire Romain Germanique, il s’agirait d’un aigle devenu par la suite aigle bicéphale). Ce blason montre en fait un Gerfaut et… c’était précisément l’emblème d’Avignon, jusqu’à ce que la Reine Jeanne ne vende la ville d’Avignon au pape Clément VI en 1348 (Fig. 10).

Ce dernier a voulu changer le blason officiel en y mettant trois clés, mais les protestations des avignonnais lui ont fait réviser sa décision. D’ailleurs, les murs de la salle située au premier étage de la Médiathèque d’Avignon, ancienne livrée du Cardinal Ceccano, sont ornés de blasons surmontés d’une arcature, exécutés entre 1340 et 1350 et le Gerfaut y est bien présent (Fig. 11).

Le dernier pape d’Avignon, Pedro de Luna, dit Benoît XIII, fuit, déguisé, le palais et Avignon pour Châteaurenard. La fin de la papauté en Avignon cause une véritable débandade, amorcée en 1398, vidant la ville d’une grande partie de sa population et dispersant à travers l’Europe tout ce qui pouvait être emporté… Toutefois, ces nouveaux indices devraient permettre d’envisager de nouvelles pistes de recherche. Hélas, durant la guerre de rattachement de la cité papale à la France, toutes les archives ont été détruites en 1790 -1791.

 

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